L'EXPANSION

Entreprises

Le marathon du "M. Lobby" de l'industrie pharmaceutique

Par Valérie Lion (L'Express), publié le

Hervé Gisserot, nouveau président de l'industrie du médicament, présente sa feuille de route. Ce mordu de course de fond veut regagner la confiance des autorités et des patients.

Hervé Gisserot voit d'ores et déjà "des opportunités pour reconstruire la relation" entre le pouvoir et les géants pharmaceutiques.

Hervé Gisserot voit d'ores et déjà "des opportunités pour reconstruire la relation" entre le pouvoir et les géants pharmaceutiques.

© Stéphane LAGOUTTE / M.Y.O.P

Deux ans pour redresser l'image de l'industrie pharmaceutique, passablement écornée par l'affaire du Mediator et de nouveau secouée par la polémique sur la pilule contraceptive ? Voilà un "chrono" qui n'effraie pas Hervé Gisserot, le nouveau lobbyiste en chef des géants du médicament. Pour ce drogué de course à pied, prendre la présidence du Leem, en ce début d'année, c'est comme se préparer à boucler un marathon en moins de trois heures ou un "Ironman" - l'épreuve reine du triathlon - en moins de onze heures. "Tout est dans le mental, la capacité à affronter le challenge, explique ce quadra qui se mesure au bitume depuis l'âge de 11 ans. Il faut avoir visualisé les difficultés avant, pour bien les gérer quand elles surviennent."

Les difficultés ? L'actuel patron de GlaxoSmithKline Europe - tombé par hasard dans la pharmacie à sa sortie de Sciences po Paris, grâce au service militaire - les connaît bien : une opinion publique de plus en plus méfiante, des innovations désormais mises sur le marché au compte-gouttes, des emplois menacés à la fois par la concurrence des pays émergents et par les politiques de réduction des dépenses de santé dans les pays développés. Et surtout, en France, un divorce total entre le pouvoir et l'industrie. A tel point que l'automne dernier, aux Rencontres internationales de recherche, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a appelé de ses voeux "un dialogue équilibré et responsable [pour] sortir définitivement de l'ère du soupçon."

Son discours sans détour, nourri d'expatriations multiples, risque fort de détonner.

Résolument optimiste, le sourire volontaire, Hervé Gisserot, qui devait présenter, le 31 janvier, sa feuille de route des cent premiers jours, voit aujourd'hui "des opportunités pour reconstruire la relation". Le nouveau VRP des labos a déjà rencontré Marisol Touraine, ministre de la Santé, le 18 janvier, et continuera sa tournée par Jérôme Cahuzac et Arnaud Montebourg, à Bercy. Son objectif ? "Restaurer la confiance et être force de proposition, en dehors des périodes de crise." Pour ce fils de hauts fonctionnaires - Hélène Gisserot, sa mère, a été procureur général près la Cour des comptes, Pierre, son père, a dirigé l'Inspection générale des finances -, faire entendre sa voix dans les cabinets ministériels ne sera pas un problème. Mais son discours sans détour, puisé aux sources de l'entreprise et nourri d'expatriations multiples (Allemagne, Etats-Unis, Canada), risque fort de détonner.

Le médicament ? Pas un coût, mais un investissement

"Il faut s'assurer de la cohérence des politiques publiques, martèle-t-il, si on veut concilier l'objectif à court terme de réduction du déficit de la Sécurité sociale et l'ambition à long terme de maintien d'une industrie pharmaceutique forte en France." Et d'afficher, sans complexe, sa revendication : "Cessons de prendre le problème du médicament par le prix et travaillons à sa juste prescription." Gisserot n'y va pas par quatre chemins : oui, l'industrie doit évoluer, si elle veut être écoutée et retrouver une légitimité. Non, elle ne doit pas avoir honte de ses métiers, comme la visite médicale, à condition de se focaliser sur la promotion du bon usage du traitement. Oui, les génériques sont nécessaires. Non, le médicament n'est pas un coût, mais d'abord un investissement. Oui, l'industrie a besoin de visibilité et de stabilité. Non, elle ne refuse pas de s'adapter. L'an dernier, elle a lancé 27 plans sociaux. Arrivé chez GSK en 2008, comme patron de la France, après dix ans dans le groupe Sanofi, Gisserot a aussi sabré dans les effectifs de la filiale tricolore : "Les mutations sont douloureuses, mais jamais négatives", assure-t-il. Prêt pour une nouvelle course de fond.